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    Combustion spontanée : Uruffe s’interroge encore

    Le 12 mai 1977, une sexagénaire d’Uruffe est retrouvée calcinée, à l’exception des jambes et d’un bras, intacts. Crime ? Accident ? Suicide ?

    Les pistes habituelles n’ont rien donné. Trente-cinq ans après, le mystère perdure.

     

     

    Deux journalistes à Uruffe.

     

    L’idée fait frémir dans ce petit village proche de Toul.

     

    « On a déjà eu assez de monde dans nos cimetières et dans nos rues comme ça, pas la peine d’en remettre une couche »,

    met en garde d’emblée Jean-Jacques Yung.

     

    C’est la spécificité de ce village d’environ 400 âmes, parfois présenté comme maudit après avoir connu au XX e siècle deux affaires au retentissement international.

     

    La première en 1956. Cette année-là, le curé assassine sa maîtresse, l’éventre pour en extraire son enfant qu’il baptise, avant de le tuer.

     

    Le fait divers défraie la chronique.

     

    « À chaque fois qu’on sortait notre carnet de chèques, on nous en parlait.

    On est même allé jusqu’au Conseil d’État pour essayer de changer le nom de la commune »,

     

    poursuit celui qui était maire au moment de la seconde affaire, celle de la combustion spontanée.

     

    Elle a valu à son frère Marc de recevoir un courrier de la Nasa :

     

    « Toutes les hypothèses ont été évoquées, même celles d’un acte extra-terrestre »,

    s’amuse le frangin.

     

     

    C’était dans la nuit du 11 au 12 mai 1977.

     

    En tant que premier magistrat et que pompier volontaire, les deux frères font partie des premiers témoins du drame.

     

    Trente-cinq après, ils acceptent de revenir sur les lieux, à l’étage de la mairie-école, occupé à l’époque par Ginette Kazmierczag. Juste en face de l’église et du presbytère.

     

    « Le triangle maudit », plaisante José Fays, le maire actuel.

     

    Les souvenirs se bousculent dans la tête de Marc :

     

    « Elle se trouvait là, sur le sol, juste derrière l’entrée.

    À chaque fois que j’y pense, je la revois telle qu’elle était. »

    C’est-à-dire à moitié calcinée.

    La tête, toute la section abdominale et le bras gauche réduits à l’état de cendres.

    Les deux jambes et le bras droit intacts.

    « Des pompiers disaient qu’il y avait une marionnette dans l’entrée. Moi, j’ai de suite compris qu’il s’agissait de M me Kazmierczag.

     

    Cette femme assez corpulente, d’environ 70 kg, avait fondu comme neige au soleil», se souvient à son tour l’ancien élu.

     

    La sexagénaire vivait là avec son fils, instituteur au village.

    Parti passer la nuit chez sa fiancée à Nancy, il avait laissé sa mère seule dans le logement.

     

    Réveillée par une forte odeur de fumée à 4h du matin, la voisine donne l’alerte.

    Les bas en nylon intacts

     

    Marc se rappelle de l’atmosphère étrange de cet incendie qui n’en est pas vraiment un :

    « La chaleur était étouffante.

    Il y avait de la fumée mais pas de flammes. »

    Aucune propagation n’est constatée.

    Pas même à la chaise se trouvant à proximité.

    Seule la partie de parquet sur laquelle repose la dépouille est légèrement roussie.

     

    Détail encore plus troublant :

    ses membres inférieurs sont recouverts de bas en nylon qui n’ont pas fondu !

    Refait à neuf après le drame, l’appartement a été longtemps occupé :

    « J’y ai vécu pendant un an mais ma femme ne supportait pas l’idée »,

     

    raconte Marc, avant de préciser qu’à chaque fois qu’il rentrait chez lui, il avait le réflexe d’enjamber l’endroit maudit.

     

    « Ma fille y a habité mais je ne lui ai dit qu’à la fin. Ici, la population entretient savamment le secret »,reconnaît le maire en exercice. Uruffe a tourné la page.

     

    Aujourd’hui, l’endroit sert d’annexe à l’école, pour l’informatique et la cuisine.

     

    Ce qui ne choque pas Sophie Cavalier, l’institutrice :

    « Ce sont des élèves qui m’ont raconté cette histoire.

    Quand j’ai été nommée à Uruffe, on m’a plutôt parlé de l’affaire du curé. »

     

    On y revient.

     

    « Que voulez-vous, Uruffe est un pays pas comme les autres, c’est d’ailleurs devenu notre devise », confesse le premier magistrat.

    L’omertà a beau fonctionner à plein régime, elle n’empêche pas chacun de continuer à s’interroger.

     

    « On a dans le ventre une vraie usine à gaz." !

     

    Si tout cela se dérègle, pourquoi pas une combustion spontanée ? »

     

    conclut José Fays.

     

     

    Textes : Philippe MARQUE.

     

     

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